Grâce à l'obligeance d'Alain sur le forum pages14-18 (que je remercie à nouveau ici), voici un rapport provenant de la série N au Service historique de la Défense

38 corps d’armée
52ème division
103ème brigade
347ème régiment d’infanterie

23 novembre 1915

Le sous-lieutenant ARNOULD, commandant provisoirement la compagnie de mitrailleuses au lieutenant-colonel commandant le Régiment.

Objet : mort des soldats BONNEMERE et PARIS  et blessures des soldats, BRASIER, DESCHAMPS et ROCOURT, provoquées par l’explosion d’une grenade allemande.

Le 23 novembre 1915, à heures, dans le boyau latéral de première ligne, conduisant à l’emplacement M3 du secteur Beine-Sillery, un accident regrettable s’est produit dans les circonstances suivantes : Le soldat de première classe BONNEMERE Jean-Louis ayant trouvé, on ne sait où, une grenade allemande non éclatée, s’amusait dans ce boyau   à la frapper contre sa main. 

Le soldat DESCHAMPS Lucien l’apercevant, s’avance vers lui et dit :
“ Fais donc attention ”.

Pendant ce temps, les soldats BRASIER Edgard Eugène, ROCOURT Fernand Léon Henri, PARIS Charles, arrivaient se rendant au travail ainsi que le sergent ROUX Auguste en sens inverse. Le soldat DESCHAMPS n’eut pas le temps d’achever sa phrase que l’explosion se produisait.

Ont été tués :
BONNEMERE Jean-Louis, 1ère classe, matricule 3480, classe 1907.
PARIS Charles, 2ème classe, matricule 8054, classe 1913.

347bonnemere 347paris

Ont été blessés :
ROUX Auguste, sergent
BRASIER Edgard Eugène, 1ère classe
DESCHAMPS Lucien, Robert, 2ème classe
ROCOURT Fernand Léon Henri, 2ème classe.

Le lieutenant commandant la compagnie, signé : ARNOULD

 

Avis du lieutenant colonel DE LAMIRAULT, commandant le 347ème régiment d’infanterie :

Le soldat BONNEMERE, contrairement à toutes les prescriptions formulées au sujet du maniement des projectiles et répétées encore par le commandant de la compagnie de mitrailleuses il y a cinq jours, à l’occasion d’un accident arrivé à un bombardier, a voulu probablement démonter une grenade à fusil allemande. Il la frappait sur sa main, quand deux mitrailleurs (dont DESCHAMPS, blessé) lui ont fait des remontrances. Il était trop tard, l’explosion se produisit et tua ou blessa six mitrailleurs qui venaient prendre leur travail.

Une grenade française (F1) a encore été trouvée dans sa poche. Il avait donc la manie de démonter des projectiles.

Aucune sanction n’est à envisager, BONNEMERE seul autour de l’explosion étant tué. Les officiers de mitrailleurs avaient maintes fois répété les prescriptions à ce sujet. Un assez grand nombre de grenades à fusil allemandes tombent près de nos lignes sans éclater. BONNEMERE n’a pu résister à la tentation de les étudier, en cachette, car personne ne le savait en possession de cet engin.

Les blessés ne seraient pas très gravement atteints, au dire du médecin-major.
Le sergent ROUX a un œil atteint mais non compromis et une plaie au pied.
Le sergent BRASIER, deux plaies superficielles
Le soldat ROCOURT, deux plaies superficielles
Le soldat DESCHAMPS, une contusion à l’oeil
Tous ont été néanmoins évacués

Merci aussi à Bernard qui m'a signalé ce message.