Nouvel extrait du carnet de Maurice DE BRUYN

Le 28 août 1914

Réveil à 2 h. Préparatifs de combat dans les bois de la Marfée. Le commandant félicite son bataillon pour ses marches depuis 2 jours. Vers midi partons sous une grêle d'obus allemands de 120 sur Hannogne, évacué du matin par les boches qui ont fouillé toutes les maisons dont plusieurs ont souffert des feux de l'artillerie. Prenons position de l'autre côté du pays, pour défendre un pont de bateaux. De temps en temps les obus tombent dans notre direction. De cette journée, une veine : personne du régiment n'est atteint.

Repartons vers 4 heures, faisons environ 25 km. Contournons les bois de la Marfée et arrivons à St Aignan vers 8 h du soir, soi disant pour attaquer une partie du bois pendant la nuit, soutenu par notre artillerie (le 17e et le 42e).

Bivouaquons, rien à manger que du singe, pas de pain pour ainsi dire.

Le 29

Alerte vers 2 h du matin. Les artilleurs tirent plusieurs salves, les projecteurs éclairent, plus rien dans les bois. Partons sans savoir où nous allons. Faisons une grande halte de 1h1/2 vers 10 heures du matin. Ce n'est pas sans besoin. Plusieurs régiments passent ramenant plusieurs prisonniers prussiens. Continuons notre marche rencontrant beaucoup de troupes. Arrivons vers 3 h près d'un bois. Le capitaine [CHAMPION] devait nous faire creuser des tranchées, mais nous voyant tous exténués de fatigue et de chaleur, nous fait cacher dans le bois. Soupe vers  h. Bivouac dans les bois encore. A 10 h alerte. Marchons encore sans savoir trop où nous allons. Traversons un pays tout allumé. Je crois être St Aignan.

Nous continuons encore, traversant des champs, des trous, suivant des rails.

Deux de notre compagnie tombent même dans un ruisseau ; on les sort aussitôt. A 2h tout le monde est rompu. On nous fait coucher au bord d'un chemin.

Avec l'aimable autorisation de la famille. Merci de ne pas reproduire sans autorisation